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Sainte-Marguerite : « Le cimetière, miroir de l’esclavage »

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Nous mettons en ligne un article du Monde signé Benoit HOPQUIN qui revient sur l’importance de la découverte d’ossements humains à l’anse Sainte Marguerite, suite au passage des cyclones Luis & Marilyn en septembre 1995.

Peut-être regrettera t-on juste que le journaliste du Monde n’ait pas jugé utile de donner aussi la parole aux historiens et scientifiques de ce pays... Nous cantonnant ainsi dans le rôle de perpétuels objets de notre propre histoire. Une vieille tradition coloniale dont il n’a malheureusement pas su se défaire.

A nous de comprendre dès lors le rôle qui doit aussi être le notre : tenter d’aider les travailleurs et le peuple de ce pays à devenir sujets de cette société et de son histoire.

« Le cimetière, miroir de l’esclavage »

La découverte, il y a quinze ans, de squelettes humains sur une plage de Guadeloupe a renouvelé les études sur la traite négrière. L’effroyable dureté des conditions de vie est confirmée par l’analyse de ces ossements Le cimetière, miroir de l’esclavage.

Benoît Hopquin - Le Monde daté du samedi 13 novembre 2010

Cliquez sur la photo pour la visualiser dans sa taille originale.
© Journal of Caribbean Archaeology

En 1995, deux cyclones labourent coup sur coup la plage de l’anse Sainte-Marguerite, sur la commune du Moule, un lieu de pique-nique dominical très prisé des Guadeloupéens. Dans leur déchaînement, la mer et le vent déterrent de nombreux ossements humains dont nul ne soupçonnait la présence.

L’année suivante, une équipe d’archéologues met au jour des dizaines de sépultures supplémentaires, datant du XVIIIe et du XIXe siècle. « La morphologie crânienne présentait les caractères des populations de l’Afrique noire. Quelques individus avaient des dents taillées en pointe, une mutilation pratiquée par certains peuples de ce continent », explique Patrice Courtaud (UMR 5199 CNRS-Laboratoire d’anthropologie), qui conduisait les fouilles. Venait d’être sorti du néant un cimetière d’esclaves.

« On peut penser que 100% de la population était atteinte de la tuberculose ». Olivier Dutour, professeur de paléopathologie

Trois autres campagnes ont été depuis entreprises et 300 corps exhumés, d’hommes, de femmes, et aussi, pour un tiers, d’enfants. « On peut estimer que près d’un millier de personnes ont été enterrées dans ce lieu sur une période d’un siècle », poursuit Patrice Courtaud, 51 ans.

Pour la première fois, une étude archéologique d’envergure était menée aux Antilles françaises sur la population esclave, un siècle et demi après l’abolition définitive de cette pratique, en 1848. Jusqu’alors, les scientifiques s’étaient surtout intéressés aux vestiges amérindiens.
« L’opération de l’anse Sainte-Marguerite a véritablement lancé l’archéologie de l’époque coloniale », estime Patrice Courtaud.

Si les hasards météorologiques ont permis cette découverte, l’évolution des mentalités a autorisé son exploitation. Longtemps, l’esclavage était resté un tabou dans la société créole, occulté par les descendants des maîtres mais aussi par ceux des asservis, comme une honte collective. Régulièrement, des ossements étaient découverts au hasard de travaux de terrassements, sans qu’il soit procédé à des investigations. Puis évacués sans cérémonie, dans un dernier déni d’humanité.

Un cimetière d’esclaves gît ainsi sous l’hôpital de Basse-Terre ou sous telle piscine d’un grand hôtel. A l’anse Sainte-Marguerite, des camionneurs sont longtemps venus chercher du sable de construction, repartant avec une pelletée d’ossements sans s’émouvoir. « Cette fois, la population a aussitôt suivi nos travaux, compris que c’était là quelque chose d’important dans la recherche de l’identité créole », se souvient Thomas Romon [1] , 38 ans, archéologue à l’Institut national de recherche en archéologie préventive et anthropologue (université de Bordeaux).

Il semble que le cimetière de l’anse Sainte-Marguerite – le plus grand jamais retrouvé – ait servi aux morts de plusieurs « habitations », ainsi qu’on appelle les plantations aux Antilles. Patrice Courtaud identifie deux périodes, l’une courant jusqu’à la première abolition, en 1794 (l’esclavage sera rétabli par Bonaparte en 1802), l’autre s’achevant avec la seconde, en 1848.

Dans la partie ancienne du cimetière, « les corps sont enterrés de manière plus anarchique, avec des orientations aléatoires. Les corps sont souvent nus ». Dans la partie plus récente, « les corps sont plus régulièrement orientés est-ouest », comme le veut le rite catholique. Les dépouilles sont habillées, accompagnées de crucifix en os, parfois d’autres pauvres ornements comme une pipe enterre. Des fosses réunissent parfois un homme et une femme ou une femme et, pense-t-on, son enfant.

Mais l’étude médicale des ossements dénote de conditions de vie abominables. « Les squelettes portent des marqueurs d’activité très développés, y compris les enfants », constate Olivier Dutour, 50 ans, professeur de paléopathologie à la faculté de médecine de l’université de la Méditerranée. L’expert a étudié dans sa carrière des séries d’ossements très différentes, des cimetières du Moyen Age aux charniers des guerres napoléoniennes. Il a appris à y déceler les ravages des maladies et des labeurs exténuants. « Mais avec cette population, nous sommes dans un registre atypique. Je suis impressionné par la souffrance endurée. »

Presque tous les corps ont moins de 30 ans. Olivier Dutour a diagnostiqué sur des sujets de 20ans des arthroses vertébrales qui n’apparaissent normalement qu’à 50 ans. L’examen des insertions musculaires et les anomalies repérées signent un stress physique exceptionnel.

Le scientifique a observé des édentations partielles ou totales chez des jeunes adultes et jusque chez des enfants. L’hypothèse est que les esclaves compensaient la malnutrition en mangeant la canne plus que de raison : le sucre et la silice contenue dans la fibre ravageaient la denture.

Des marqueurs de tuberculose osseuse ont également été retrouvés. Des estimations de prévalence, Olivier Dutour tire une conclusion radicale : « On peut penser que 100% de la population était atteinte de cette maladie. » L’indice de terribles conditions d’hygiène et de promis-cuité. Deux cas d’amputation d’une phalange du gros orteil sont les signes de sévices physiques : d’après certains textes, cette mutilation était infligée aux esclaves ayant tenté de s’enfuir.

Laurence Verrand, 44ans, archéologue et historienne, a complété le travail de terrain par une plongée dans les archives coloniales réunies à Aix-en-Provence. Elle a épluché les registres paroissiaux et les actes notariés des environs de l’anse Sainte-Marguerite.
Un travail de recherche difficile : responsables des états civils, « les curés ne faisaient pas preuve d’une rigueur absolue avec les esclaves », ravalés par la loi de l’époque au rang de « biens meubles ». Seuls importaient leur nombre et leur valeur marchande, sans souci de leur existence sociale. Parfois, ils apparaissent dans un registre, par un prénom puis une mention lapidaire : « nègre, inhumé à Sainte-Marguerite ».

L’archéologie coloniale [2] , celle plus spécifique de l’esclavage, en est à ses prémices. Thomas Romon espère pouvoir l’organiser. Depuis 2009, un groupe transdisciplinaire s’est monté. Les scientifiques souhaitent faire appel aux études ADN, à la paléoparasitologie, aux analyses isotopiques (examen de l’azote, du carbone, du strontium dans les os et les dents)...

Des premiers travaux, des ossements découverts et c’est déjà toute une humanité oubliée qui ressurgit. « On voit ces gens vivre », estime Laurence Verrand. « Ce passé douloureux, il faut qu’on l’assume », juge Olivier Dutour.

Publié par la Rédaction le dimanche 14 novembre 2010
Mis à jour le lundi 15 novembre 2010

Notes

[1] INSTALLÉ EN GUADELOUPE depuis 1996, Thomas Romon, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), a travaillé sur quatorze cimetières découverts dans toute l’île : des enceintes d’esclaves, des enclaves paroissiales comme celle de la cathédrale de Basse-Terre où étaient inhumés les colons, ou encore des charniers d’hôpitaux comme celui de la Charité, toujours à Basse-Terre, qui accueillaient soldats et gens de passage.
Au fil des découvertes, se dévoilent les caractéristiques d’une société insulaire répondant à une hiérarchie complexe. Les Noirs affranchis, dits « libres de couleur », étaient enterrés aux côtés des Blancs. « La séparation se faisait entre hommes libres et esclaves. D’ailleurs, les libres de couleur possédaient eux-mêmes des esclaves. »

Des milliers de sépultures

La dernière trouvaille remonte à 2009. A Baillif, des ossements ont été déterrés lors de la construction d’une déviation routière. Des fouilles ont mis au jour un vaste cimetière en bord de mer, enfermant probablement entre 1000 et plusieurs milliers de sépultures. Une première campagne, menée, en mai et juin2010, par Sacha Kacki (Inrap), a permis d’étudier 200 tombes. Souvent enterrés nus, les corps reposent dans de multiples attitudes (sur le côté, sur le ventre, deux à deux ou dans des orientations ne répondant pas à la direction est- ouest prescrite par l’Eglise). Tout laisse penser à des enterrements bâclés.

Les scientifiques n’en sont encore qu’aux hypothèses. S’agit-il d’un cimetière d’esclaves puisqu’une des plus grandes plantations de l’île, tenue par des dominicains, jouxte le site ? S’agit-il plutôt d’un cimetière creusé lors d’une épidémie de choléra, ce qui expliquerait l’apparente précipitation ? S’agit-il plutôt d’un cimetière de soldats, puisqu’un hôpital militaire se trouvait non loin, d’où la sur représentation d’hommes d’âge adulte ? L’enquête archéologique devra trancher ce qui reste encore une énigme.

[2] Retour à Tromelin, l’île aux esclaves oubliés

La troisième campagne de fouilles archéologiques sur l’île Tromelin, dans l’océan Indien, a débuté le 8 novembre. Cet îlot dénudé fut, au XVIIIe siècle, le théâtre d’une exceptionnelle aventure humaine. Après son échouage en 1761, l’équipage d’un navire négrier avait abandonné sa cargaison humaine dans cet endroit déshérité (Le Monde du 2 mai 2009). La soixantaine d’esclaves malgaches a pourtant réussi à y survivre pendant quinze ans, organisant ex-nihilo une microsociété, avant que quelques rescapées ne soient enfin sauvées en 1776.

Parrainée par l’Unesco et menée par Max Guérout (Groupe de recherche en archéologie navale) et Thomas Romon (Institut de recherche en archéologie préventive), la mission franco-mauricienne va, durant un mois, tenter de dégager l’habitat et de trou¬ver les sépultures. L’analyse des ossements permettra peut-être de mieux connaître les conditions de vie et de mort de ces Robinson. Le résultat des deux premières campagnes vient de faire l’objet d’un livre cosigné par Max Guérout et Thomas Romon (Tromelin, l’île aux esclaves oubliés, coédition Inrap-CNRS, 198 pages, 19 euros).

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"Le cimetière, miroir de l’esclavage". B.H.
 
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Poids : 604.9 ko
Le site d’Anse Sainte-Marguerite - Présentation d’un cimetière d’époque coloniale
 
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