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Le « racisme anti-blanc », arme stratégique de la contre-révolution coloniale. Par Faysal Riad, sur le procès de Houria Bouteldja (P.I.R)

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Mots-clés : #Racisme
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Une Indigène ? Raciste ? Anti-blanc ? C’est l’angle d’attaque choisi par certains pour s’en prendre à Houria Bouteldja. [1]
A priori, pour un esprit naïf, ça pourrait ne pas sembler impossible.
Un peu comme un Crétois qui dirait que les Crétois sont menteurs, peut en effet mentir !
Mais lorsqu’on y réfléchit deux minutes, on se rend compte assez facilement de l’énorme escroquerie de ce concept de « racisme anti-blanc ».

Problème rhétorique

Connaissez-vous le célèbre syllogisme du Crétois ? Un Crétois dit que les Crétois sont menteurs.

Où est le problème ?

« Je suis Crétois, donc je suis menteur. Si je mens lorsque je dis que je mens, alors je dis la vérité. Et lorsque je dis la vérité au sujet de mon mensonge, je mens. Si ma phrase fausse est vraie, alors elle est fausse ».

C’est un cas classique.

Mais on voit que le discours politique dominant n’hésite pas à recycler ce genre de sophisme.

Sans entrer dans les détails concernant les « événements inverses » (car cela est en effet réfutable d’un point de vue logique), on peut déjà se contenter d’un point de vue rhétorique, de reconnaître ce qu’on appelle l’« autophagie » (là où l’idée se mange elle-même...) : il s’agit de l’incompatibilité d’un principe avec ses conditions d’énonciation, ses conséquences et ses conditions d’application (cf Rhétorique et argumentation, Robrieux Jean-Jacques, Armand Colin, 2010 p. 166).

Le paradoxe du Crétois menteur est un sophisme par autophagie dans la mesure où malgré son caractère apparemment correct d’un point de vue formel, son propos demeure incohérent à cause de l’incompatibilité entre l’assertion produite et la qualité de l’énonciateur. Du même ordre, nous pouvons évoquer l’exemple humoristique cité par Robrieux : « Cours d’alphabétisation : 1er étage, escalier A » (l’incohérence résidant là entre l’assertion et la qualité du destinataire).

Qualité de l’énonciateur.

Peut-être que tout est là.

Une racisée peut-elle être raciste ?

Si l’on accepte la définition non-politique du racisme (en gros l’hostilité plus ou moins radicale d’un groupe pour un autre groupe), et qui plus est selon le régime de vérité blanc (car il a été démontré que les racisés et les non-racisés n’ont généralement pas du tout le même régime de vérité concernant le racisme - cf Eduardo Bonilla Silva, Racism Without Racists : color-blind Racism and the Persistence of Racial Inequality in Ameica), alors oui, pourquoi pas, tout le monde peut en effet être racistes, y compris des racisés ; et tant qu’on y est, si les races n’existent pas comme le répètent ad nauseam ceux qui n’en reviennent pas de se souvenir de leur cours de bio du collège, eh bien disons-le carrément, oui, le racisme n’existe pas du tout.

Du coup, même le racisme anti-blanc !

Mais ce serait trop simple dans ce cas-là non ?

C’est qu’il existe justement des définitions un peu plus fines du racisme : un certain type de rapport social de domination entre des groupes.

Système qu’il est impossible de séparer de l’histoire, qu’on ne peut penser en dehors de la réalité. Et la réalité du racisme c’est le Colonialisme produisant les races, et constituant « un mécanisme de différenciation et de hiérarchisation de l’humanité entre un pôle doté, en tant que race, de privilèges, invisibles ou manifestes, et un pôle racial dont la soumission à toutes sortes de violences, invisibles ou manifestes, garantit les privilèges du pôle dominant. » (Sadri Khiari, La Contre-Révolution coloniale en France, La Fabrique).

Hiérarchisation, « mise en bas », « altérisation » selon Christine Delphy, processus mettant les « Uns derrière les Autres » (cf Christine Delphy, Classer Dominer) et pas du tout « peur de l’inconnu » ou « réaction naturelle face à la différence » comme l’a parfaitement démontré Pierre Tevanian (Pierre Tevanian, La Mécanique raciste, Editions Dilecta).

Dans le sens rigoureux du terme donc, ce sont les Blancs (dominants) qui discriminent les Arabes et les Noirs (dominés) comme le démontrent toutes les études sur les discriminations ; et seuls les premiers peuvent en ce sens être racistes. Les seconds sont racisés (altérisés, « mis en bas », derrière les « Uns », dominés...) donc subissent par définition le racisme (car il n’y a pas d’un point de vue social, de domination des Arabes et des Noirs sur les Blancs ! Ce sont par exemple des ministres et des intellectuels médiatiques blancs qui, quotidiennement, manquent de respect aux Arabes et aux Noirs. Et la simple « hostilité » possible du dominé sur le dominant, n’est absolument pas de nature à inverser le rapport de domination).

Il n’est pas nécessaire de reprendre ici toute l’histoire du concept. Mais on peut se référer quand même au travail important de Colette Guillaumin qui nous éclaire sur une étape essentielle de cette histoire pour comprendre la spécificité de notre époque : « un double processus s’est joué, de conscience accrue des significations du terme et de refoulement conséquent à ces découvertes. » (Colette Guillaumin, L’Idéologie raciste, Folio essais). Une des conséquences de ce double processus réside dans la récupération d’un certain « coefficient d’anodinité ». C’est au second degré qu’on évoqua d’abord un « racisme envers les coiffeurs » ou « contre les amateurs de cassoulet ».

Mais c’était déjà préparer le terrain de l’euphémisation. Car peu à peu, se permettait-on d’atténuer, de vider de son sens et de subvertir un concept désignant d’abord précisément un certain type de rapport social entre des groupes - un rapport de domination - pour finir par désigner un simple rapport d’hostilité (tenter comme dit Colette Guillaumin « de récupérer pour l’ensemble du circuit le sceau de l’anodin »).

Jusqu’aujourd’hui où l’on se permet sans rire de mettre carrément la victime à la place du coupable. Il ne s’agit là au fond que d’un pas de plus franchi vers le retournement du réel. Ce ne sont plus les dominants qui dominent ; ce ne sont pas les dominés qui sont dominés. Et c’est même très sérieusement - au premier degré ! - que certains oseront dire d’une Arabe (c’est-à-dire d’une personne appartenant à la caste des dominés - si l’on se réfère aux définitions plus rigoureuses) qu’elle est raciste. Qu’elle aurait donc le pouvoir dans l’ordre social français de « mettre en bas » les Blancs (c’est-à-dire ceux qui appartiennent au groupe qui discrimine), de les discriminer, donc de les dominer. Et il ne s’agit pas seulement dans ces sophismes, d’une personne isolée, qui pourrait peut-être avoir plus ou moins de pouvoir, mais, dans ce que réactive ce genre d’accusation de manière perverse (les concepts de « Racisme » / « Blanc » / « Domination »), de représentations sociales idéologiques : si certains Arabes « n’aiment pas » certains Blancs (ce qui est tout à fait possible), il ne semble pas illogique a priori, formellement, de parler de racisme - exactement comme il ne semblait pas spécialement illogique de dire que le Crétois menteur mentait et disait la vérité en même temps. Il suffit pour cela d’oublier que le Crétois est crétois, que l’Arabe subit un racisme systémique et que le Blanc est dominant. Et comme il s’agit pour certains dominants, dans une perspective politique, de se dédouaner globalement, il s’agit aussi de nous incriminer globalement, nous les Indigènes : ce ne sont pas les victimes du racisme qui sont victimes mais plutôt les racistes qui nous reprochent le mal qu’ils nous font.

Si l’on pense au phénomène rhétorique de l’autophagie, on comprend mieux l’escroquerie du concept de « racisme anti-Blanc » : il y a en réalité une incompatibilité totale entre l’assertion et la qualité de la victime.

Pourquoi aujourd’hui ? Après avoir ignoré puis nié les discriminations racistes, les dominants en sont maintenant à la phase de la dénégation (cf Didier Fassin, « Du déni à la dénégation. Psychologie politique de la représentation des discriminations », in De la question sociale à la question raciale ?) : comme un criminel qui pourrait dans un premier temps ne pas avoir conscience de son acte (« la victime était-elle vraiment humaine ? ») et qui tenterait dans un second temps de nier (« je ne la connais pas ! Je ne l’ai jamais vue ! »), tenterait en dernier ressort le tout pour le tout, quitte à soutenir l’insoutenable et l’absurde (« oui, en fait, je la connaissais, et c’est bien moi qui l’ai fait, mais je n’y suis pour rien, c’est à cause d’elle, elle l’a bien cherché, et si je ne l’avais pas fait, elle aurait bien fini par me tuer, et d’ailleurs c’est pour me défendre que j’ai fait ça, car elle voulait me tuer, elle a essayé...en fait c’est elle la coupable et c’est moi la victime ! »). À ce stade de ce que Sadri Khiari a nommé « la contre-révolution coloniale », les dominants n’ont rien de mieux à nous opposer que le culot du retournement du réel, passant par la subversion des concepts heuristiques à l’aide desquels nous pensons notre émancipation.

Faysal Riad

Source : Les Indigènes de la république

Post-Scriptum

Lire aussi : Un racisme anti-blanc en Guadeloupe ?
Publié par la Rédaction le mercredi 5 octobre 2011

Notes

[1] L’AGRIF (Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l’Identité Française et chrétienne) a porté plainte contre Houria BOUTELDJA - porte-parole du parti des Indigènes de la République (PIR) - pour avoir employé le terme "souchien", un néologisme désignant les Français de souche, dans une émission de télévision en juin 2007.
Cette organisation, dont le fondateur n’est autre que Bernard ANTONY, a déposé plainte pour "racisme anti-blanc". II est opportun de rappeler que ce monsieur était membre, en 1962, d’un comité de soutien à l’OAS.

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