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Le Père Chérubin CELESTE

Le rôle déterminant de sa grève de la faim en 1975
>Mots-clés : Représentativité UGTG 
 
« Mars 1975 - Mars 1995, voilà déjà 20 ans qu’un important mouvement ouvrier et paysan a secoué l’industrie sucrière et toute la guadeloupe. Ce mouvement de grève a contribué à bouleverser les données sociales du pays et redéfini les contours du corps social de la Guadeloupe.
Un homme, le Père Chérubin CELESTE a pris position d’une manière inhabituelle par une grève de la faim alors que la grève qui durait déjà près de deux mois s’essoufflait. Il a ainsi joué un rôle déterminant dans son dénouement... »
Documentation : UGTG 20 Lanné Konba

La grève

Celle-ci part de deux revendications essentielles :

  • L’exigence de la fixation du prix de la tonne de canne en fonction de son coût moyen de production et non plus uniquement en fonction de sa richesse saccharine.
  • La suppression du Salaire Minimum Agricole garanti (S.M.A.C.) et l’alignement des salaires agricoles sur ceux de l’industrie (S.M.I.C.) afin d’effacer le différentiel de 20% qui existe entre les ouvriers d’usine et ceux des champs.

La grève est totale pendant un mois et demi.

Ce mouvement de masse ne fut pas une révolte spontanée car durant tout l’hivernage, à l’initiative de l’UTA-UPG, la séquestration de tous les directeurs d’usine fut organisée.

Déclenchée début février 1975, la grève est totale pendant un mois et demi. Les usiniers, afin de la briser, avec la protection des C.R.S. font massivement intervenir des ouvriers qu’ils font venir d’Haïti pour couper la canne.

De nombreux responsables syndicaux sont interpellés, et l’importance du dispositif policier dans les champs quadrillés fait que les grévistes ne peuvent plus mener aucune action significative.

Gagnés par le découragement et l’impuissance, un à un les grévistes reprenent le chemin des champs et des usines. La grève n’a plus aucune efficacité. Les dirigeants syndicaux décident alors au cours d’une réunion le vendredi 21 mars de suspendre la grève et de reprendre le travail dès le lundi suivant.

C’est alors que survient un évènement extraordinaire créé par un homme d’église. Le Père Chérubin CELESTE, dénonce les agissement inhumains des usiniers, notamment de Charles SIMONET à l’encontre des travailleurs en grève et l’utilisation des frères Haitiens contre les Guadeloupéens grévistes.

Il fustige le parti-pris de l’Etat et la complicité des élus locaux qui laissent faire. Fort aimé au sein de la communauté chrétienne de Baie-Mahault, Lamentin, Sainte-Rose où il vit et pratique l’évangélisation, il est l’aumônier des mouvements de jeunesse chrétienne.

Il décide d’entamer une grève de la faim illimitée à partir du dimanche 23 Mars 1975

Il rencontre les syndicats UTA-UPG et UGTG le samedi 22 mars 1975, pour les informer qu’il avait décidé d’entamer à compter du dimanche 23 mars une grève de la faim illimitée. Ceci jusqu’à ce que les autorités retirent les forces armées dans les champs, et consentent à négocier avec les grévistes.
Il n’exige rien des grévistes qui viennent juste de prendre la décision de reprendre le travail.

Cet acte extraordinaire de courage du prêtre témoigne d’un engagement profond. Les instances syndicales de l’UTA-UPG et de l’UGTG, face à cet engagement décident, immédiatement après convocation des travailleurs, de relancer le mouvement dès le lundi 24 mars 1975.

Un comité de grève est créé, qui prend le relais du mouvement. On trouve en son sein, outre les syndicats en grève, le mouvement qui s’est impliqué fortement avec le Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne (MRJC), le Mouvement de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (MJOC).
La chapelle de Grosse Montagne où le Père Chérubin CELESTE entame son jeûne devient un lieu de recueillement en cette période de carême, mais aussi un lieu de rassemblement d’où partent les actions.

La grève redémarre après cet acte sublime du Prêtre et c’est le point de départ d’importants mouvements de masse et de solidarité de très grande envergure. Tout ce que la Guadeloupe compte comme forces vives prennent position y compris enseignants, lycéens, étudiants, personnalités civiles et religieuses, dont Monseigneur OUALLI, l’évêque de la Guadeloupe.

Le rôle déterminant de la grève de la faim

De nombreux comités de soutien se constituent dans toute la Guadeloupe, parmi lesquels des femmes syndicalistes et surtoutnon syndicalistes jouent un rôle déterminant.
D’importantes caravanes sillonnent les campagnes de guadeloupepour faire débrayer avec succès ceux qui brisent la grève. Celle-ci, ainsi relayée, accouche d’un vaste mouvement populaire.
Devant son ampleur, le préfet de l’époque, Jacques le CORNEC, intime aux travailleurs l’ordre de reprendre le travail et aux étudiants et intellectuels guadeloupéensde ne pas se mélanger aux gens de la terre (pa mélanjé sèvièt é tôchon).

Ceci est ressenti par ces derniers comme une insulte et provoque l’effet contraire. La mobilisation se renforce, les champssont vides et toutes les usines cessent de fûmer.

Le mouvement se radicalise et prend de l’ampleur

Le 30 mars 1975, dimanche de Pâques, plusieurs milliers de personnes partent à la chapelle de Grosse-Montagne pour se rendre à l’école de la Rosière à 1km de là pour tenir un meeting.
Là, d’impressionnantes forces de répression tentent d’encercler les participants en se concentrant dans les environs. Le meeting est alors écourtéet les milliers de guadeloupéens se rendent à nouveau à la chapelle afin d’éviter tout affrontement et de prévenir toute tentative d’enlever le Père Chérubin CELESTE ; pour mettre un terme à sa grève de la faim.

Le lendemain, lundi de Pâques, la région est quadrillée dès 4 heures du matin, et à 6 heures du matin la Chapelle est prise d’assaut avec l’aide d’un hélicoptère et le lancement de milliers de grenades lacrymogènes sur les manifestants et les riverains.

La grève s’achève sur une victoire des ouvriers et paysans

Le Père Chérubin CELESTE est enlevé et emmené dans un lieu sûr (inconnu). Mais il refuse toujours de s’alimenter et poursuit son jeûne.
Cette tentative de briser la résistance des grévistes échoue, la grève continue et la répression policière est fermement condamnée par l’opinion publique guadeloupéenne et Internationale.

A ce moment, le pouvoir n’a d’autre issue que de rouvrir la négociation ou alors poursuivre l’escalade de la répression. Deux jours plus tard, le jeudi 3 avril 1975, sans aucun préalable, le préfet convoque toutes les parties concernées et les négociations commencent.

Dès l’ouverture des négociations, estimant l’objectif visé atteint, le Pêre Chérubin CELESTE met fin à sa grève de la faim.La grève s’achève sur une victoire des ouvriers et paysans.

Le prix de la tonne de cannes est augmenté de 40% et les salaires des ouvriers agricoles augmentés d’un coup de 20%.

L’acte héroïque du Père Chérubin CELESTE a été le petit souffle qui a ranimé la flamme d’un mouvement en perte de vitesse, pour en faire un brasier. Il a été déterminant pour la suite de la grève de 1975, devenue historique.

L’UGTG, qui vient juste d’être créée, deux ans auparavant, sort grandie de cette épreuve. Aujourd’hui, elle est devenue la première force syndicale de la Guadeloupe, et la plus représentative du tissu social Guadeloupéen.
On peut sans se tromper, affirmer que cette page du mouvement ouvrier de la Guadeloupe a été le point de départ d’une nouvelle forme de syndicalisme dont l’UGTG EST AUJOURD’HUI LE PORTE DRAPEAU.

Sé yè ki karésol a jôdi.

Lonè é rèspé pou pè Sélès é tou lézot konbatan.

Publié par la Centrale UGTG le samedi 14 janvier 2017

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