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Mai 1802 - Matouba

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Extrait du livre « Joseph IGNACE le premier rebelle » de Roland ANDUSE aux éditions JASOR.


Mots-clés : #Mwa Mé #Octobre 1801
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Matouba - 22-23 mai 1802

Delgrès a quitté le fort Saint Charles avec Ignace. Par le Houëlmont, ils vraisemblablement gagné Champfleury. Puis Delgrès, en compagnie de Dauphin et Kirwan est parti pour le Matouba. Ils passent par Galard ou par Dugommier, puis empruntent l’actuelle route de Choisy. Marthe-Rose, la compagne de Delgrès, s’est égarée pendant la marche et fracturé une jambe. Elle sera recueillie le lendemain par une Blanche de l’habitation Mirande(1)

La marche Champfleury-Matouba ne demande que 2 ou 3 heures. Ils seront dans leur nouvelle base, au plus tard dans la matinée du 23 mai.

Le réduit, dit du Matouba, passait depuis longtemps aux yeux des autorités militaires de l’île, comme une retraite inexpugnable que les habitants de Basse-Terre pourraient utiliser en cas d’invasion anglaise.

L’endroit avait conservé son nom caraïbe : Matouba c’est-à-dire « endroit fertile et plein d’oiseaux chanteurs », nom qui valait à lui seul toutes les descriptions et exprimait la luxuriance de la végétation et la vitalité de la faune.

Inexpugnable en effet pouvait paraître ce site que la nature avait doté de formidables défenses naturelles. La rivière Saint-Louis et la rivière Noire, prenant leurs sources dans les hautes montagnes se rejoignaient pour donner naissance à la Rivière des Pères. Se frayant au passage au fond de gorges impressionnantes, elles délimitaient ainsi un vaste triangle bordé de précipices vertigineux dont la pointe regardait Basse-Terre et la mer tandis que la base s’appuyait sur la haute montagne. L’épaisse végétation d’arbres et de lianes complétait les barrières naturelles.

Pour accéder au Matouba on ne pouvait emprunter que 5 passages. Du côté de la rivière Saint-Louis (côté Baillif), on pouvait passer à saut d’eau, à 1,5 kilomètres environ de l’habitation Grand Marigot. On pouvait aussi passer à gué plus haut, à l’endroit où la route actuelle traverse la rivière Saint-Louis.

Du côté de la rivière Noire, il existait à l’époque un chemin, presqu’au confluent des deux rivières, à l’endroit appelé : saut du Constantin.

Plus haut, le pont de Nozières, déjà construit, mais en bois, traversait un formidable gouffre de plus de 100 mètres de profondeur. C’est par ce pont qu’aujourd’hui encore passe la seule route qui monte de Saint-Claude à Matouba.

Ces quatres points constituaient les entrées de Matouba. Il suffisait de les verrouiller pour fermer le réduit et empêcher le passage d’une colonne armée. Il existait cependant une cinquième possibilité : passer par la haute montagne, remonter le plus haut possible, jusqu’aux sources et pénétrer au Matouba par le haut. Cette voie sera utilisée par Richepance.

Ce n’est donc pas un hasard si Delgrès, officier supérieur en poste à Basse-Terre sous Lacrosse et le gouvernement provisoire, choisit de se retirer au Matouba. Il ne peut ignorer les multiples mémoires d’Etat-major qui décrivent les avantages stratégiques de ce lieu.

Il y trouve déjà une logistique en place et une situation parfaitement maîtrisée par les insurgés, notamment par Sans Peur, capitaine, soldat borgne dont Lacour a laissé un excellent portrait (2).

Le quartier général était situé à l’habitation Danglemont, habitation mis sous séquestre sous le règne de Victor Hughes. Dans un endroit si particulier, il fallait bien une construction particulière. L’habitation Danglemont l’était au plus haut point. C’était une espèce de château féodal entouré d’un fossé, bâti sur un morne dont le sommet avait été rasé. Cet édifice étrange en ce lieu retiré de la montagne attirait tous les regards.

Jules Ballet raconte que ce manoir incongru avait été bâti par un original : le comte de Surville, qui s’était fixé à la Guadeloupe vers 1765. Au lieu de mettre en valeur sa propriété, ce gentilhomme consacra des sommes folles à ériger un château féodal. Il se ruina et mourut très endetté sans avoir pu terminer entièrement les constructions. L’habitation fut vendu ensuite à un certain Danglemont (3) La maison avons-nous dit était bâtie sur un morne dont ont avait rasé le sommet. Tout autour d’elle, il y avait une vaste terrasse entourée d’une balustrade en pierres. Venaient ensuite les fossés. Un château fort dans un réduit ; double symbole défensif !

Lorsque Delgrès arrive à Danglemont le 23 mai avec ses lieutenants, il prend naturellement le commandement de la place, ce que personne ne songe à lui disputer. Son objectif est clair, et conforme à la stratégie définie d’un commun accord avec Ignace. Il s’agit de tenir, de tenir le plus longtemps possible en attendant que la diversion d’Ignace porte ses fruits, que la maladie fasse ses effets et qu’ainsi Richepance se trouve obligé de relâcher son étreinte sur Basse-Terre.

Pélage a très bien compris la stratégie d’Ignace et de Delgrès.

« Delgrès comptant sur une puissante diversion de la part d’Ignace, s’était retiré au Matouba ; là, il attendait que le succès de ce même Ignace lui permissent de reprendre l’offensive. … Cette position était pour eux la plus avantageuse ; ils s’y trouvaient maîtres de refuser le combat à des forces supérieurs, et de se porter à volonté par des irruptions soudaines dans toutes les parties de la Basse-Terre. Ils établissent avec Ignace par les bois et le sommet des montagnes une correspondance prompte et facile (4)

Juste ! C’est de Matouba que partait aussi la trace de Victor Hughes, récemment ouverte, et qui ralliait Petit-Bourg en escaladant les sommets.

Les conditions les plus favorables paraissaient donc réunies. Delgrès réorganise ses troupes et répartit les tâches. Sans peur reste à Saut d’Eau où il est déjà installé. On lui associe le capitaine Dauphin. Jacquet, qui a regagné Matouba après le dernier combat de Dolé, est chargé de contenir les Français au passage de Constantin. Delgrès , lui, reste à Danglemont.

Combien sont-ils ? On ne le sait pas précisément. La colonne de Delgrès devait comprendre au moins la moitié des rescapés de Saint-Charles soit 200 militaires et civils. Il faut ajouter tous ceux qui se battaient dans les hauteurs et les travailleurs des habitations du Matouba, région peu peuplée. Au total 500 à 800 personnes, hommes femmes et enfants ? Dont 200 à 300 militaires ? Ce sont les estimations qui paraissent les plus proches de la réalité.

23-27 mai

Commence alors une longue attente. 23-24-25-26 mai. Les jours s’égrènent. Les nouvelles parviennent sur ce qui s’est passé à Trois-Rivières, à Capesterre, à Petit-Bourg. On commente ! On espère ! On attend ! On ne connaît pas encore le drame de Baimbridge. On attend avec impatience le résultat de la tentative d’Ignace contre Pointe-à-Pitre.

On attend. L’attente stérile justement ! Là apparaît crûment la faiblesse des capacités tactiques de Delgrès. Car dans la région de Basse-Terre, depuis l’évacuation du fort, la guerre semble s’être arrêtée. Tandis qu’Ignace fout du fer, mobilise le peuple, bouleverse Trois-Rivières, Capesterre, Goyave, Petit-Bourg, Baie-Mahault, Morne-à-l’Eau (Vieux Bourg), Abymes et menace Pointe-à-Pitre, à Matouba, il ne se passe rien. Gagner du temps est malheureusement devenu synonyme de : ne rien faire. On n’a pas connaissance d’un seul raid organisé par Delgrès contre les positions de Richepance pourtant dégarnies de 700 hommes, de Gobert et de Pélage. Pélage qui justement analysera avec pertinence les atouts du Matouba : « Cette position était pour eux la plus avantageuse ; ils s’y trouvaient maîtres de refuser le combat à des forces supérieures, et de se porter à volonté par des irruptions soudaines dans toutes les parties de la Basse-Terre ». Les « irruptions soudaines »ne viendront pas. Et le réduit de Matouba loin d’être une base d’appui pour une guerre de guérilla, ne sera pour Delgrès qu’une retraite prudente où il viendra s’enfermer, faisant perdre d’un seul coup aux partisans des hauteurs, l’initiative, la souplesse tactique, le bénéfice de la surprise qui avait été jusque là leur principal apanage. Saint-Charles avait été transporté à Danglemont.

Ces actions auraient-elles été décisives ? On ne refait pas l’histoire, mais il est certain qu’elles auraient compliqué la tâche de Richepance et ne lui auraient pas donné tout le loisir d’organiser l’assaut du Matouba.

Le 26 mai,

Richepance apprend ce qui s’est passé à Baimbridge. Il respire. Il peut maintenant s’occuper en toute quiétude de Delgrès et fait activer les préparatifs de l’attaque du réduit pour en finir avec les Guadeloupéens. Quand les insurgés apprennent-ils la nouvelle ? On ne le sait pas. Le 27 mai, en tout cas, ils ne peuvent pas ne pas être informés de la tragédie de Baimbridge et de l’assaut qui se prépare contre eux. Lacour raconte d’ailleurs que Sans-Peur vint dire, le 27 mai, à une femme de colon sous sa protection, que le Matouba était menacé d’être envahi par les troupes françaises (5).

Vivre libres ou mourir ! Pour certains l’épreuve est insupportable. Ils n’entrevoient d’autre issue que la mort. Alors pourquoi attendre ? Et pourquoi ne pas se la donner soi-même ? C’est le choix que fait Kirwan, vraisemblablement le 26 mai. Il fait creuser une fosse dans laquelle il descend, se couche la face vers le ciel et se brûle la cervelle (6)

28 mai 1802

Richepance veut en finir. Débarrassé de l’hypothèque Ignace, il veut empêcher les insurgés de s’échapper de Matouba. Les rôles sont inversés. La base défensive devient nasse.

L’attaque est décidée pour le 28 mai. Il s’agira d’une attaque bien dans la manière de Richepance. On frappera fort et partout à la fois, sur les deux flancs du Matouba : rivière Saint-Louis et Rivière Noire. Le 28 mai, à deux heures du matin (7), à l’habitation L’Espérance (du côté de l’actuelle section Morin) le 2ème Bataillon de la 66ème demi-brigade, avec à sa tête le commandant Cambriels, prend la direction du Morne Houël. Il y a là 700 hommes environ (8) ainsi que des troupes noires. La colonne est guidée par un jeune colon : Michaux. Elle gagne sans doute les hauteurs par Fonds Cabre. Sa mission ? Passer par les montagnes, franchir la Rivière Noire et se porter sur l’habitation Lasalle.

De l’autre côté, (vers Baillif) une deuxième colonne part un peu plus tard, vers cinq heures du matin ; car elle a moins de chemin à faire. Le 3ème bataillon de la 66ème demi-brigade (700 hommes également renforcé de troupes nègres) quitte l’habitation Grand-Marigot. Il doit franchir la rivière Saint-Louis à Saut d’Eau et réaliser sa jonction avec l’autre colonne au presbytère. Cette colonne dirigée par le commandant Delacroix est aussi guidée par un colon blanc : Dourneaux.

Ce n’est pas tout. Le pont de Nozières est investi par deux compagnies (soit environ 180 hommes) (9). Plus bas, au Saut du Constantin, 4 compagnies de grenadiers (260 hommes) dirigées par le commandant Crabé, celui de Dolé, reçoivent pour mission de forcer le passage.

700 hommes d’un côté, 700 de l’autre, 180 hommes au pont de Nozières et 260 au passage du Constantin, ce sont plus de 1 800 hommes qui grimpent simultanément à l’assaut du Matouba ce 8 prairial An X.

1 800 soldats contre 500 à 800 personnes dont seulement 2 à 300 militaires. Aussi de nombreuses femmes et enfants dont on discernera les cadavres dans les décombres de Danglemont (10).

L’enjeu est inégal. Mais les Guadeloupéens sauront accepter la mort avec héroïsme, vaillance et dignité.

Comme Baimbridge, c’est avec le jour que commencent les combats du 28 mai.

Les premiers coups de feu sont tirés à la rivière Saint-Louis à Saut’d’Eau. Saut d’Eau n’est qu à 1,5 km de Grand Marigot. La colonne française y arrive en un instant. Si elle parvient à franchir la rivière en ce point, la route qui monte ensuite en pente douce et droite, en plein cœur de l’actuelle habitation Joséphine, les conduira droit au but.

Seulement, voilà, à Saut d’Eau, il y a Sans peur et Dauphin. Ils disposent de 2 canons et barrent la route aux Français. Les combats seront très vifs mais le verrou ne cédera pas. En désespoir de cause, Delacroix ira passer la rivière plus haut, au gué du pont actuel, avec 150 hommes, et viendra s’emparer en revers de la batterie guadeloupéenne. Dans cet affrontement meurtrier, dauphin sera horriblement blessé. Retrouvé parmi les morts, il sera emporté par les Français, condamné à mort le 31 mai et pendu à un arbre du cours Nolivos sur l’ordre de Richepance. Son cadavre sera exposé sur une deuxième potence au morne Constantin.

Dans le même temps, l’autre colonne arrive elle aussi à Matouba après avoir passé les hauteurs de Papaye. Elle débouche dans la caféière de Lasalle dont les terres devaient se trouver à l’emplacement du bourg actuel du Matouba et le long du morne Savon. C’est là qu’auront lieu les premiers affrontements avec les troupes de Delgrès.

Danglemont est situé plus bas. Apprenant que la colonne venue des bords du Galion approche, Delgrès quitte Danglemont et se porte à sa rencontre. Une vive fusillade s’engage entre les deux troupes entre les caféiers de l’habitation Lasalle. Dès les premiers coups de feu, Delgrès est blessé près du genou. L’un de ses aides de camp lui dit « Colonel, vous êtes blessé ». « Ce n’est rien, répond-il, que l’armée ne le sache pas »

Un peu plus tard, les combats cessent, les deux colonnes françaises de droite et de gauche, ayant fait leur jonction, leurs commandants décident de leur faire prendre un peu de repos, avant l’ultime assaut.

Beaucoup plus bas, au pont de Nozières, les Guadeloupéens ont enlevé les traverses de bois de l’ouvrage et les troupes de Richepance n’essaient même pas de passer. Encore plus bas au passage du Constantin, les grenadiers de Crabé se heurtent aux soldats de Jaquet. Encore une fois Crabé et Jaquet face à face. Les grenadiers qui se présentent à l’entrée du passage sont aussitôt abattus. A la septième victime, et sans avoir pu riposter par un seul coup de feu, on arrête les frais.

Richepance ordonne qu’on se contente de bloquer le pont de Nozières et le passage du Constantin et va faire porter toutes les attaques par ses deux colonnes, solidement installées maintenant en plein milieu, au Presbytère.

Le presbytère-Danglemont ! Entre ces deux points, va jouer dans quelques heurs la scène finale de la guerre de la Guadeloupe. Présentons brièvement le décor.

Le presbytère était situé au lieu dit « Vieux-Gouvernement », à quelques dizaines de mètres en contrebas de l’actuelle église du Matouba. En 1806 le capitaine-général (gouverneur) Ernouf le transformera en une résidence d’été qui lui vaudra son nom de « gouvernement » puis de « vieux gouvernement ».

A côté du presbytère, commence la longue et peu sinueuse descente du morne Savon. La tradition populaire assure que ce morne tire son nom de ses pentes boueuses très glissantes. C’est dire que sa déclivité est forte.

Au bas du morne Savon, à un peu plus d’un kilomètre du presbytère, se trouve l’entrée de Danglemont.

Delgrès et ses dernières troupes s’ sont repliées. Ils ne cherchent pas à fuir. La blessure au genou de Delgrès semble avoir accru sa tendance suicidaire. Tout est perdu. Ignace est mort. Les Français ont fait un carnage à Pointe-à-Pitre. Ici même, à Matouba, la situation est désespérée. Alors, puisqu’on ne peut vivre libre, autant mourir ! Mourir debout ! L’habitation Danglemont avait été minée depuis longtemps, preuve que l’idée de se faire sauter tourmentait déjà Delgrès. Il annonce sa décision aux officiers, les laissant libres de tenter de se retirer ou de mourir avec lui. Il demande aussi qu’on avertisse les soldats.

Vers trois heures de l’après-midi, ce 28 mai 1802, les troupes françaises stationnées au presbytère, se remettent en marche. Elles entament sur deux colonnes leur descente vers Danglemont à travers les caféiers bordant le morne Savon. Elles sont accueillies par une grêle de balles des soldats guadeloupéens. Ils se battent avec l’énergie du désespoir, mètre après mètre, arbre après arbre.

Laissons le chef d’Etat-major Ménard leur rendre le plus bel hommage qui soit, celui de l’ennemi : « Ils (les soldats français) reprennent leur marche sur Danglemont en serrant la ligne à mesure qu’ils en approchaient ; l’activité, le courage, la témérité même des Nègres depuis le commencement de l’attaque, ce cri unanime de Vivre libres ou mourir qu’ils répétaient souvent, le soin qu’ils avaient eu d’ôter la couleur blanche de leur drapeau pour désigner leur indépendance, annonçaient bien que leur position était désespérée et queleur résistance serait terrible. Elle le fut en effet » (11)

Oter la couleur blanche de leur drapeau et laisser les seules bandes bleue et rouge, c’est le même geste qu’accompliront les combattants haïtiens.

Mais que peuvent faire une poignée d’hommes contre près de 1 500 soldats aguerris et bien armés ? Le rapport de forces est trop inégal. Aussi se replient-ils peu à peu vers Danglemont. Ménard signale que :

« Cent cinquante hommes environ s’échapperont en se glissant dans les bois de l’habitation Lassale parallèlement au défilé du pont de Nozières et le reste alla se renfermer sur l’habitation Danglemont »

Jacquet était parmi ceux qui quittèrent Matouba. Pour lui le combat n’était pas terminé.

A Danglemont, il y a Delgrès, stoïque, attendant la mort tant désirée avec sérénité mais voulant entraîner avec lui le maximum de Français.

La procédure a été minutieusement étudiée. Une traînée de poudre a été semée depuis la mine jusqu’au canapé dans le salon au rez de chaussée. Delgrès est assis sur le canapé. A ses côtés, son aide de camp Claude, décidé à mourir lui aussi. Entre eux, un tas de poudre. Deux réchauds avec du charbon allumé ont été placés, l’un, près de la jambe droite de Delgrès, l’autre, près de la jambe gauche de Claude. Il était convenu qu’aussitôt les Français arrivés sur la terrasse, chacun par un coup de pied, renversait son réchaud sur le tas de poudre. Par surcroît de précaution, l’un et l’autre étaient armés d’un pistolet qu’ils devaient tirer sur la poudre.

Il y avait à Danglemont 6 planteurs blancs prisonniers. Delgrès dans un dernier geste de générosité les fait libérer. In extremis, car plusieurs d’entre eux seront touchés par les éclats de l’explosion.

Dans la maison, la scène devient sublime. Tous, femmes enfants et hommes se tiennent par la main et s’encouragent en criant « Point d’esclavage. Vive la mort »

Les Français arrivent, franchissent la balustrade en pierre, gravissent la terrasse. Soudain, une épouvantable explosion retentit. Danglemont vole en éclats, emportant dans la mort, Delgrès et les siens et l’avant-garde des colonnes françaises. Il devait être 15 h 30. Tout était fini. Le Nègre retombait dans sa condition servile.

…………………………

...

C’était le jour pourtant. Pourtant ce fut le jour

Matouba

Le soleil aveuglé de vivants coutelas

Matouba

et ces corps nus mourant au bout des doigts des vagues

Matouba

et le sang dans la mer et le sang dans la terre

Matouba

et trois cents sangs giclés vers ton ciel Matouba

Matouba

Crépuscule éternel serti dans nos mémoires

Matouba Matouba

Pourtant c’était le jour. Ce fut le jour pourtant.

...

Extrait : MATOUBA

Sonny RUPAIRE

Cette igname brisée…

………………………….

Combien de morts y eut-il à Matouba ?

Richepance dans un rapport écrit le lendemain (29 mai 1802) dit : 300 morts à Danglemont. Ménard prétend « Plus de 500 cadavres parmi lesquels on distingua des femmes et des enfants ». Boyer-Peyreleau affirme : 300 ou 400.

N’insistons pas sur ces variations dont nous avons déjà dit ce qu’il faut penser. Dans ce cas, la vérité est que personne n’a pu compter le nombre de morts de Danglemont e raison même de l’explosion. L’histoire a retenu le chiffre de Richepance : 300. Retenons-le avec les réserves qui s’imposent.

D’après Boyer-Peyreleau les Français ont perdu 30 hommes dans l’explosion. Si l’on estime à une centaine de morts de part et d’autres les pertes dans les autres affrontements de la journée le bilan de la bataille du Matouba est le suivant. 400 Guadeloupéens environ tués et 130 Français soit au total 530 victimes.

1) Dr A. NEGRE : La rebellion de la Guadeloupe p. 150.

2) A. LACOUR : Histoire de la Guadeloupe T III p. 317.

3) Jules BALLET : Manuscrits 2 Mi 18 (R1) Archives de la Guadeloupe.

4) Mémoire pour le chef de brigade Magloire Pélage.

5) A. LACOUR ouvrage cité p. 324.

6) A. LACOUR ouvrage cité p. 323.

7) Boyer-Peyreleau : Histoire de la Guadeloupe p. 141 TII

8) Cette évaluation découle des chiffres donnés par Boyer-Peyreleau et le général MENARD sur les effectifs initiaux et ultérieurs des deux bataillons de la 66ème demi-brigade.

9) Une compagnie de fusiller comprend environ 90 hommes.

10) Rapport du chef d’Etat major MENARD.

11) Rapport du chef d’Etat major MEBNARD au ministre de la marine et des colonies, vendémiaire An 11

Publié par la Rédaction le dimanche 24 mai 2009

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