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La question du défrisage du cheveu crépu

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Un texte de la sociologue Juliette SMERALDA



2 réactions
 
Résumé : Dépouiller le corps de ses atouts naturels revient à faire comme si nous voulions que la forme de l’Angleterre devienne celle de la France. C’est un procédé uniformisant et appauvrissant, et une posture autodestructrice qui fait perdre son importance au corps.

Cliquez sur la photo pour la visualiser dans sa taille originale.
J. SMERALDA

La question du défrisage du cheveu crépu s’intègre aux problématiques du traitement du corps en général, et plus globalement, à celles de l’Esthétique.
Il existe une branche de la sociologie qui est spécialisée dans l’étude des problématiques corporelles.

Au vu des problématiques très spécifiques qui concernent le traitement infligé au cheveu crépu au nom de l’"Esthétique" (pensée au singulier donc), je propose de travailler à territorialiser le corps (plutôt à le re-territorialiser).

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Cette démarche permettra aux adeptes du défrisage de prendre la mesure de l’écart qu’elles ont pris avec leur corps réel (je = territoire corporel individuel) et leur corps racial (nous = les femmes noires qui se défrisent).

Il s’agit, par cette méthode de visualisation de la distance mise entre son corps réel et son corps reconnu comme stigmatique, et dénaturé de ce fait, de faire prendre conscience du malaise psychologique qui est à la base de cette entreprise d’auto-agression et de ses effets (y compris inconscients) sur la personnalité du sujet qui la pratique.

Pour faire prendre conscience de la dimension très problématique du défrisage, qui continue à être considéré comme une pratique esthétique, j’ai construit mon objet (= le défrisage) comme s’il avait une portée géo-politique.

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Ce faisant, j’assimile le corps à un territoire physique. Et symboliquement, c’est ce qu’il est. Nous allons donc considérer que le corps est un lieu et un espace dotés de caractères qui confèrent sa spécificité à l’objet.

La notion de spécificité signifie que le corps dont nous parlons à des traits propres (origine négro-africaine dominante, cheveu crépu) et qu’il se distingue des autres corps. Cette distinction est une différence qui ne fait pas du corps ainsi défini, un corps spontanément stigmatique (il n’aurait pas la bonne couleur ou la bonne texture de cheveu).

C’est la guerre idéologique qui est menée contre la civilisation dont ce corps-là relève qui se répercute dans le corps de ceux qui le portent en creux. Pour bien comprendre la portée de mon analyse, je vous invite à prendre les exemples de la France et de l’Angleterre (au lieu de prendre l’exemple du corps blanc et du corps noir).

Géographiquement, vous voyez bien que la France et l’Angleterre ne se ressemblent pas. Et le fait que leurs formes géographiques soient différentes ne nous autorise pas, objectivement, à dire que l’un de ces pays est plus beau que l’autre, du seul fait de sa configuration géographique.

Si nous nous mettons à penser selon ce mode, c’est que nous ne sommes plus guidés par l’objectivité mais influencés par des représentations qui sont nées des valeurs idéologiques à partir desquelles nous apprenons à voir le monde. Le même raisonnement doit pouvoir s’appliquer au corps et au cheveu qu’il porte.

Dépouiller le corps de ses atouts naturels – qui ont une fonction adaptative notamment contre le soleil et le dessèchement de la peau –, revient à faire comme si nous voulions que la forme de l’Angleterre devienne celle de la France.

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C’est d’une part un procédé uniformisant et appauvrissant par rapport à la richesse diversienne de l’humanité, et c’est d’autre part, une posture qui fait perdre son importance au corps que l’on veut transformer pour le faire ressembler à un autre corps.

Le résultat de cette posture autodestructrice, basée sur un réflexe d’imitation et un refus de se faire exister dans le corps dont la nature nous a dotés, est d’ériger – de notre fait même – le corps que nous refusons en corps stigmatique.

Autrement dit, sous l’effet de nos propres actions (bien sûr parce que la parole du dominant est implantée dans notre conscience), nous produisons des discours d’autodénigrement et des pratiques du même nom, dans le seul but de rendre notre présence sur terre tolérable aux autres.

Comme le dit Pierre Bourdieu (sociologue français), le dominé est son propre ennemi parce que tous ses actes consistent à satisfaire les besoins du dominant.

Tout cela pour dire que, lorsque vous vous dépouillez de vos caractères somatiques identitaires, vous mettez en jeu, en quelque sorte, un équilibre qui participe de la biodiversité, dont on sait avec certitude aujourd’hui qu’elle doit être préservée.

Lorsque le territoire corporel subit des transformations qui menacent son équilibre (comme le font les pratiques de dénaturations = défrisage, éclaircissement), celles-ci se répercutent à tous les niveaux de fonctionnement de l’organisme et du psychisme.

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Le racisme antinégriste qui a fait les Noirs douter de leurs canons esthétiques est aujourd’hui une structure relationnelle à soi-même chez les Noirs qui les conduit à agresser leur propre territoire (corps), dans les mêmes modalités que le fait l’Autre. Et ils n’en tirent pratiquement aucun bénéfice économique, puisque l’industrie de la cosmétologie n’est pas entre leurs mains.

Les manipulations idéologiques ; la proposition de produits capillaires et de cheveux sans racines venus de partout – vendus par des Blancs ou des Japonais –, a pour but d’entretenir un sol mouvant sous les pieds des femmes qui recourent à ces artifices. Ainsi se resserre l’étau de la domination, car l’esprit maintenu en permanence en déroute ne peut s’investir dans les nécessités du développement économique et de la compétitition.

La finalité de la guerre des canons esthétiques qui est livrée au corps-territoire « noir » a fini par le déstabiliser, par l’insécuriser au point que le porteur vit comme un passage obligé de se désinvestir de son corps réel pour s’investir du corps virtuel qu’on lui vend dans toutes les vitrines de la société.

Juliette Sméralda
Sociologue, écrivaine, enseignante, chercheure. Membre du laboratoire « Cultures et société en Europe », UMR CNRS 7043, Université Marc Bloch Strasbourg II.

| Bibiliographie :

"Peau noire, chevu crépu - L’histoire d’une Alienation" - Editions Jasor - 2005

"Du cheveu défrisé au cheveu crépu - De la désidentification à la revendication." - Editions Anibwe - 2007

"La Question de l’immigration indienne dans son Environnement Socio-Economique Martiniquais 1848 - 1900" - Edtions L’Harmattan - 1996 :
"Le sentiment de n’avoir pas été pleinement adoptés par leur société d’accueil n’a jamais cessé d’habiter les Indo-Martiniquais".
Lire à ce sujet son entretien accordé en 2004 au site Inde-Réunion.

"La racialisation des relations intergroupes ou la problématique de la couleur - Le cas de la Martinique - Editions l’Harmattan - 2002

Publié par la Rédaction le vendredi 1er août 2008
Mis à jour le lundi 15 septembre 2008

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La question du défrisage du cheveu crépu
Réaction de Dézile le 27 septembre 2009 @ 08h07

Bonjour,

Quand j’ai commencé à me défriser les cheveux, je n’avais aucune conscience de ce que cet acte impliquait. C’était la mode et j’ai suivi le mouvement. J’étais heureuse d’avoir des cheveux "lisses, souples, faciles à coiffer". Seulement, il fallait tous les trois mois que je me rende chez le coiffeur et que j’utilise des produits de toute sorte pour garder mes cheveux en parfait état. Je me rendais compte que c’était un asservissement, je le disais même, mais je n’avais pas la force d’arrêter une fois pour toutes ces tortures, car le cheveu défrisé, "en manque", est une horreur, il est cassant, sec, pas beau et la seule solution aux commentaires du genre "fow ay fè chivé aw mafi" était de repartir au salon pour réparer tout ça.

Depuis un an, j’ai arrêté le défrisage après l’avoir utilisé pendant vingt années. Trois mois après mon dernier défrisage, j’ai fait des tresses que j’ai gardé trois mois, ensuite j’ai fait couper toute la partie défrisée qui restait.

Il n’a pas été facile (dans la pratique) de revenir au naturel, car j’avais oublié ce que c’était le cheveu crépu et comment il fallait être patient pour le coiffer. Mais j’ai été très heureuse quand peu à peu mes cheveux ont repris leur texture naturelle, et surtout que mes enfants voient qu’elle n’était pas différente de la leur !

L’ autre objet de mon contentement est que suite à cet acte d’indépendance, je me suis sentie et je me sens plus forte. Je vais plus facilement vers l’autre, sans complexe, parce que je me sens en phase avec ce que je ressens et ce que je veux transmettre.

En outre mon regard sur mon peuple a changé lui aussi. C’est regrettable et j’en ai honte quand j’y repense, mais pendant tout le temps ou j’ai subi cette aliénation dont parle madame Sméralda, je m’étais détachée des miens, le sentiment de mes cheveux lisses sur mes épaules, me donnant l’impression d’être meilleure que les autres, puisque j’étais plus à même de m’assimiler au modèle dominant.

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La question du défrisage du cheveu crépu
Réaction de N@d le 24 novembre 2009 @ 21h32
Site à visiter : défrissage

Bonsoir, j’ai lu votre article. Vraiment, je suis très fier de vous... Je veux moi-même arrêter le défrissage. Suite à mon dernier défrissage d’y il y a 3 mois, je me suis décidée à enfin arrêter définitivement le défrissage. Mes cheveux sont assez long, donc ce n’est pas facile mais je suis décidée. C’est tellement frustrant de ne pas sentir ses cheveux aux naturelles... J’ai des repousses et j’aperçois mes cheveux bouclées. Cela fait plaisir. Juste j’aimerais savoir si on n’arrête le défrissage, les cheveux ne sont-t-ils pas plus cassants ou n’ont-t-ils pas du mal à repousser ? Avez-vous couper tous vos cheveux défrissées ?

Je vous remercie. ;)

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