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Elie Domota : Sur les liens entre culture, identité & luttes

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Mots-clés : #LKP
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Vendredi 29 Mai 2009, VOUKOUM Mouvman Kiltirel Gwadloup organisait dans le cadre des manifestations du mois de Mai, une conférence-débat intitulée : Liens entre Identité culturelle & Conflits sociaux politiques en Guadeloupe.

Animée par Sully GABON du Mouvman Kiltirel VOUKOUM & ... Alex ROBIN, journaliste à RFO Guadleoupe, la Conférence-Débat réunissait comme intervenants : Félix COTELLON - Rosan MOUNIEN - Maître Félix RODES - Raymond GAMA - Elie DOMOTA.

Nous publions la transcription de l’intervention d’Elie DOMOTA, secrétaire général de L’UGTG, & porte-parole du LKP.

En découvrant le thème de cette conférence-débat et en écoutant l’intervention précédente de Raymond GAMA, me sont revenues à l’esprit la lecture et les images des bandes dessinées de l’enfance - Yakata, Zembla, Akim -, ainsi que les cahiers de chants des jeunes filles à l’époque - avec les textes des chansons de Mike BRANDT...

Cliquez sur la photo pour la visualiser dans sa taille originale.

En fin de compte, cela signifie que dès notre plus jeune age, on nous a appris à singer l’Autre... Car tout ce qui nous était propre, ne convenait pas. Tout ce qui relevait de notre culture, de Mès é labitid annou [1] [nos us et coutumes] était banni. Notre façon de vivre, de manger, de parler, d’aimer était proscrite...
Et pour prétendre à une part d’humanité, il nous fallait ressembler à l’Autre. On essayait donc de s’identifier cet Autre, en allant jusqu’à apprendre ses chansons à succès...

Mais au fur et à mesure qu’on grandissait on se rendait bien compte qu’il y avait quand même quelque chose qui n’allait pas. Car il suffisait de commencer à travailler, de commencer à changer - d’être soi même..., d’essayer de pénétrer quelque part... Et là, on vous faisait bien sentir qu’il vous était certes loisible de singer ou pas le modèle, mais qu’il y avait tout de même quelque chose qui n’allait pas. Et cette chose c’est le fait d’être différent de l’Autre.

Et aujourd’hui comment cela se manifeste t-il ? Eh bien, ils veulent nous faire croire que mès é labitid annou [notre culture, nos us et coutumes] sont autant de tares.

Cela me fait penser à une chose qui s’est qui s’est déroulée en 2005. A l’époque, le Conseil régional avait demandé à un quidam, un français, de réaliser un rapport pour l’élaboration du Programme régional de développement des compétences [PRDF]. Et dans son rapport final, cet homme n’avait pas hésité à écrire - en prétendant simplement reprendre les propos des 50 directeurs des ressources humaines de grandes sociétés qu’il avait rencontrés - que les guadeloupéens étaient des fainéants et des imbéciles, n’aimaient pas travailler, préférant l’argent facile... Et que pour trouver un salarié guadeloupéen intéressant, il [leur] fallait véritablement avoir un bon coup de chance ou plus surement prospecter en France pour y chercher les compétences requises. Ce rapport qui aura couté 38 000 euros, sera payé par le Conseil régional... Quelle en est la signification ?

A force de nous avoir fait comprendre kè nou pa moun [que nous n’étions des êtres humains à part entière], parce que nous avons notre façon bien à nous de manger, de parler, de marcher, d’aimer... ils ont fini par nous faire croire que c’était vrai, que nous étions des incapables... A force, nous en avons fini par croire qu’ils avaient raison, que nous n’étions bon qu’à courir sur les pistes d’athlétisme, ou après un ballon de foot... uniquement cela. Et de temps en temps, il leur arrivera d’entrouvrir un mini porte : celle des finales de Miss France, par exemple... Cela ne signifie pas qu’il faille critiquer ces activités, qui ont certes leur noblesse...

Mais toutes les fois où il s’agit d’accéder à des choses plus importantes, à un emploi, on retombe dans le même schéma et l’on est bien forcé de se rendre à l’évidence : il y a quelque chose qui cloche.

Ainsi, cela fait 16 ans que je travaille à l’ANPE et nous avons pu constater que pour les recrutements, les candidats étaient classés en trois catégories. Et cette pratique est surtout le fait des cabinets de recrutement et des boites d’intérim de Jarry recrutant directement en France...
La première catégorie est constituée des français blancs - à qui il suffit d’être présent le sol d’ici pour être considérés comme étant des guadeloupéens. La deuxième catégorie est celle des guadeloupéens revenant de France. Et enfin, on trouve les guadeloupéens d’ici. [2]
Ces derniers, diplômés ou pas ne peuvent accéder aux postes à responsabilité, ni à ceux correspondant à leur niveau de qualification ou de diplôme : il leur faut donc prendre l’avion et s’expatrier... ou accepter ce qu’on daigne leur proposer...
On note ensuite qu’il y a de nombreux jeunes travaillant dans les entreprises ayant récemment ouvert à Jarry. Il s’agit de jeunes guadeloupéens, qui présentent une particularité : celle d’être nés en France, ou d’y avoir passé quasiment toute leur vie...
La troisième catégorie : les français, qui eux n’ont aucun mal à trouver un emploi en Guadeloupe.

Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement parce que les recruteurs considèrent que nous sommes incapables de nous approprier les valeurs de l’entreprise, que nous ne possédons pas la culture d’entreprise. Que nous sommes incapables de comprendre ces exigences... Tout simplement, considèrent-ils encore, parce que nous vivons enfermés dans une espèce d’enclos ce qui nous sourd et aveugle à tout. [3]

Autrement dit, à partir du moment où nous ne sommes pas formatés, métamorphosés, mofwazé [clonés], selon le modèle de l’Autre... Eh ben, nous n’aurions même pas le droit d’exister. Or dans toute civilisation, dans tout pays, le management doit tenir compte des pratiques culturelles ; comme ils le disent eux mêmes. Et pourtant, ici en Guadeloupe, ce n’est pas à l’Autre de tenir compte de notre façon d’être, mais à nous ne nous métamorphoser, de nous mofwazé en fonction des exigences de l’Autre.
C’est ainsi par exemple que des individus débarquent en Guadeloupe pour nous cracher au visage que nous ne savons pas accueillir... Et l’on entend bien des gens d’ici reprendre cet argument... Mais en réalité si nous ne savions vraiment pas accueillir, nous ne serions précisément pas dans la situation que nous connaissons... Car s’ils disaient vrai, c’est par de sacrées volées de roches que nous aurions accueillis tous ceux qui débarquent ici pour nous exploiter et nous dominer !

Donc à partir du moment où votre manière d’être diffère de celle de l’Autre, ils décident que c’est à vous de changer ! Et cette réalité est particulièrement atroce quand on sait que dans le même temps il y a chaque année environ un millier de jeunes qui laissent le système scolaire sans aucun diplôme et sans formation. Quand on sait qu’il y a un taux de chômage variant entre 35 et 40% en Guadeloupe. Quand on sait que près de 80% des chômeurs inscrits à l’ANPE ont au plus un niveau CAP-BEP...
Cela signifie que nous autres guadeloupéens serions fondamentalement une bande de couillons, d’idiots et de tarés... Or c’est faux ! [4]

Comment pouvons-nous nous en sortir ? En continuant simplement à être nous-mêmes...

En cessant de regarder la Guadeloupe et les Guadeloupéens depuis Paris ou depuis Bruxelles ; comme ils le font, eux. Que nous mêmes, d’ici, nous regardions en face pour ce que nous sommes... Que nous cessions de procéder à des comparaisons de couleurs entre nous, comme ils nous l’ont inculqué [5] . Que nous sachions nous convaincre que le marin-pêcheur, le médecin, l’agriculteur, le journaliste, le médecin, l’avocat, le cuisinier ont tous une contribution à porter à ce pays, que yo tout sé moun.
Or malheureusement, ils ont toujours tout fait pour nous convaincre que nou pa moun [nous ne sommes pas des êtres humains à part entière] ; que tout ce que nous pouvons entreprendre par nous-mêmes et pour nous mêmes n’est pas bon...
Et quand nous observons le peu de considération que nous attachons à ce que nous entreprenons et réalisons, l’on comprend bien que la colonisation a pris et bien pris.

En cela le LKP nous a permis de continuer à nourrir la flamme pour réaffirmer que nou sé moun, que nous sommes des hommes et des femmes sur terre comme tous les autres ; que nous avons un avenir ! Et que cet avenir passe par notre capacité à assumer ce que nous sommes !

Elie DOMOTA
Conférence-débat du Mouvman kiltirel VOUKOUM :
Liens entre Identité culturelle & conflits sociaux politiques en Guadeloupe
Bas du Bourg, Basse-Terre
Vendredi 29 Mai 2009

date de l evenement : 23 juin 2009

Publié par la Centrale UGTG le mercredi 3 juin 2009
Mis à jour le jeudi 4 juin 2009

Notes

[1] Lire : La résolution [N°3] du XIIe Congrès de L’UGTG sur la culture en cliquant ICI

[2] Cette catégorisation était déjà celle qui existait à l’époque de l’esclavage : blancs > esclaves créoles > bossales. Ce dernier terme désignant les esclaves récemment débarqués des cales négrières.

[3] NDLR - Petit florilège :

  1. Dans un reportage télévisé de TF1/LCI du 08 février 2009 intitulé « Guadeloupe, une crise révélatrice d’un certain malaise » Colette KOURY, présidente de la CCI de Pointe à Pitre et d’un clan de béotiens baignant dans l’affairisme, pouvait ainsi déclarer au journaliste : « La main d’oeuvre hautement qualifiée dans les entreprises manque... Alors, il faut bien aller la chercher là où elle existe... Oui, en Métropole ! »
  2. De même, en juin 2007 dans les colonnes du magazine Inter Entreprises, Christian VIVIES, PDG de la « S.A NESMOND » et des S.A.S « PARALLIANCE » et « BOULOGNE MATERIAUX », ancien Président du MEDEF, ancien Président du « Comité Régional ANPE », béké à la fortune assise sur l’esclavage et la domination raciale … pouvait tranquillement exiger de la Région, du Rectorat et des Centres de formation « d’ajouter à l’enseignement technique un module obligatoire de connaissance des valeurs de l’entreprise et de préparation à l’intégration dans l’entreprise. Les centres qui appliqueront ce dispositif seront labellisés, ce qui permettra aux parents de sélectionner les établissements où ils désirent inscrire leurs enfants et aux entreprises de choisir les centres auxquels elles décideront de s’adresser pour des recherches d’embauche. Faute de la mise en place de ce dispositif, le risque est grand de voir les entrepreneurs aller recruter ailleurs les collaborateurs nécessaires à leur croissance. »
  3. Enfin, en 2006, Daniel Guillen, le consultant retenu pour la réalisation du PRDF : « Pour les postes d’encadrement ou les postes nécessitant « un haut degré d’expertise », une majorité des entreprises guadeloupéennes fait appel aux cabinets de recrutements. Ces derniers prospectent d’ailleurs la plupart du temps sur la métropole pour ce type de poste. »... « On a un réel problème pour recruter des cadres et des agents de maîtrise »…« Les entreprises sont donc obligées de recruter ailleurs, souvent en métropole »... « À ce manque de main d’œuvre qualifié s’ajoute un problème de comportement que beaucoup de responsables d’entreprises décrivent comme « symptomatique de la Guadeloupe » qui force à embaucher les « moins pires »… « Les jeunes sont nonchalants et ne viennent, pour la plupart, que gagner leur salaire ».

Lire :
- Rapports de race et de classe dans la société guadeloupéenne
- Un racisme anti-blanc en Guadeloupe ?
- La zone blanche globale
- Déclaration de L’UGTG à propos du PRDF
- Paroles de discriminés

[4] Lire : Plan d’urgence pour la formation professionnelle

[5] Lire : Twa twa tou patou, poème d’Hector POULET

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